Fuite d'eau locataire : qui paie quoi avec le bailleur

Fuite d’eau, locataire ou propriétaire : la charge se répartit sur un seul critère, entretien courant contre usure. Le locataire paie les réparations locatives listées par le décret du 26 août 1987, joints, flexibles, chasses d’eau. Le bailleur assume tout le reste, vétusté et vice de construction compris.
Fuite d’eau et locataire : ce que disent les articles 6 et 7 de la loi de 1989
La loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 répartit la charge en deux blocs étanches. L’article 6 impose au bailleur de délivrer un logement décent, de l’entretenir en état de servir à l’usage prévu et d’y faire toutes les réparations autres que locatives. L’article 7 renvoie au locataire l’entretien courant du logement et des équipements mentionnés au contrat, les menues réparations, et l’ensemble des réparations locatives définies par décret.
Les cinq portes de sortie du locataire
L’article 7 c) se termine par une réserve qui vaut de l’or en cas de litige. Les réparations locatives cessent d’incomber au locataire quand le dommage provient de l’une de ces cinq causes :
- la vétusté, usure normale liée au temps et à l’usage
- la malfaçon, défaut d’exécution d’un ouvrage
- le vice de construction, défaut de conception du bâti
- le cas fortuit, événement imprévisible
- la force majeure
Cinq mots qui déplacent la facture vers le propriétaire. Le locataire qui les invoque doit encore les prouver, et c’est là que se joue la majorité des dossiers.
Ce que la loi présume contre le locataire
Le même article pose une présomption défavorable : le locataire répond des dégradations survenues pendant le bail dans les locaux dont il a la jouissance exclusive. Il s’en libère en démontrant la force majeure, la faute du bailleur ou le fait d’un tiers qu’il n’a pas introduit dans le logement. Le silence profite donc au propriétaire. L’article 7-1, inséré par la loi ALUR du 24 mars 2014, enferme ces actions dans une prescription de trois ans.
Le décret du 26 août 1987, la seule liste qui fasse foi
Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 est le texte que les tribunaux ouvrent en premier. Son article 1er définit les réparations locatives comme « les travaux d’entretien courant, et de menues réparations, y compris les remplacements d’éléments assimilables auxdites réparations, consécutifs à l’usage normal des locaux et équipements à usage privatif ». Son annexe déroule ensuite la liste, poste par poste.
La rubrique plomberie, ligne à ligne
Cinq blocs de cette annexe touchent directement le réseau d’eau :
- canalisations d’eau : dégorgement, remplacement notamment de joints et colliers
- canalisations de gaz : entretien courant des robinets, siphons et ouvertures d’aération, remplacement périodique des tuyaux souples
- fosses septiques, puisards et fosses d’aisance : vidange
- chauffage, production d’eau chaude et robinetterie : remplacement des joints, clapets et presse-étoupes des robinets, remplacement des joints, flotteurs et joints cloches des chasses d’eau, rinçage et nettoyage des corps de chauffe et tuyauteries
- éviers et appareils sanitaires : nettoyage des dépôts de calcaire, remplacement des tuyaux flexibles de douches
Le raisonnement en creux
Tout ce qui ne figure pas dans cette annexe reste au bailleur. La liste ne mentionne ni le remplacement d’un mitigeur, ni la reprise d’une canalisation, ni le changement d’un ballon d’eau chaude : elle parle de pièces d’usure à quelques euros, pas d’organes. Un plombier appelé pour localiser une fuite invisible ne réalise pas davantage une réparation locative, la recherche de fuite relevant du diagnostic du bâti.

Les fuites les plus courantes, tranchées cas par cas
Le contentieux se nourrit d’un sinistre de masse : selon France Assureurs, les dégâts des eaux représentent 43,7 % des sinistres habitation déclarés en 2024, soit près de deux millions de dossiers, pour un coût moyen proche de 1 200 euros. La quasi-totalité se ramène à trois familles.
Robinet, chasse d’eau, flexible de douche
Verdict immédiat : locataire. Un joint qui suinte, un clapet fatigué, un flotteur de chasse d’eau bloqué ou un flexible de douche fendu figurent noir sur blanc dans l’annexe de 1987. Changer le joint d’un robinet qui goutte coûte quelques euros et ne se discute pas devant un juge.
Le basculement arrive avec l’âge de la pièce. Un mitigeur d’origine posé il y a vingt ans qui rompt en usage normal relève de l’usure, pas d’un défaut d’entretien.
Canalisation encastrée et colonne d’immeuble
Verdict inverse : bailleur, ou copropriété. Une canalisation encastrée dans une dalle ou une cloison échappe par nature à l’entretien du locataire, qui n’y a strictement aucun accès. L’article 6 de la loi de 1989 oblige le propriétaire à maintenir le logement en état de servir, ce qui englobe le réseau noyé dans le bâti.
En immeuble, la colonne montante et les chutes communes relèvent du syndicat des copropriétaires. Le règlement de copropriété tranche les cas frontière, notamment les tronçons logés dans un mur séparant une partie privative d’une partie commune ; à défaut de clause explicite, ces canalisations sont traitées comme communes.
Chauffe-eau : l’entretien d’un côté, la cuve de l’autre
La coupure passe au milieu de l’appareil. Le locataire manœuvre le groupe de sécurité régulièrement, rince les corps de chauffe et nettoie les dépôts de calcaire des appareils sanitaires, trois gestes nommés par le décret. Le bailleur remplace la cuve percée, la résistance détruite par le tartre et l’appareil arrivé en fin de vie.
Un ballon qui fuit par la cuve n’est jamais une réparation locative : la corrosion interne illustre la vétusté à l’état pur. Le détartrage complet d’un ballon, qui suppose de vidanger la cuve et de déposer la résistance, sort lui aussi du simple nettoyage de calcaire visé par le texte.
La vétusté, l’argument qui fait basculer la facture
Le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016, applicable depuis le 1er juin 2016, définit la vétusté comme « l’état d’usure ou de détérioration résultant du temps ou de l’usage normal des matériaux et éléments d’équipement dont est constitué le logement ». Le texte autorise les parties à annexer au bail une grille de vétusté issue d’un accord collectif de location.
Cette grille fixe, pour chaque matériau et équipement du logement, une durée de vie théorique et des coefficients d’abattement forfaitaire annuels appliqués au prix des réparations locatives. Un mitigeur dont la durée de vie théorique est fixée à dix ans, hors service la huitième année, ne se refacture donc pas au prix du neuf.
Sans grille annexée au bail, la discussion redevient factuelle. Quatre pièces pèsent alors :
- l’état des lieux d’entrée, qui date et décrit l’équipement
- les factures d’entretien produites par le locataire
- l’âge réel de l’installation, souvent lisible sur la plaque signalétique
- le rapport écrit du plombier, qui distingue corrosion et choc mécanique

Signaler la fuite : l’écrit qui protège le locataire
Le locataire doit prévenir le bailleur sans attendre, et l’écrit reste la seule preuve exploitable. Un appel téléphonique ne laisse aucune trace.
La séquence qui tient devant un juge :
- un courriel ou un message écrit le jour même, accompagné de photos horodatées
- une lettre recommandée avec accusé de réception si rien ne bouge sous huit jours
- la description du point de fuite, de sa date d’apparition et des dommages
- la demande de réparation formulée explicitement au propriétaire
Un locataire qui tarde à signaler s’expose à répondre de l’aggravation des dégâts, même quand l’origine de la fuite incombe au bailleur. La prescription de trois ans de l’article 7-1 laisse du temps pour agir en justice, pas pour laisser pourrir un plancher.
Constat amiable et convention IRSI : qui pilote le sinistre
Le sinistre se déclare à l’assureur dans les cinq jours ouvrés suivant sa découverte, délai fixé par l’article L113-2 du Code des assurances. Passé ce terme, l’assureur peut réduire son indemnisation s’il établit que le retard lui a causé un préjudice.
Le constat amiable, pièce maîtresse du dossier
Le constat amiable dégât des eaux se remplit conjointement avec le voisin ou le bailleur concerné, en deux exemplaires, chacun envoyant le sien à son assureur. Le dossier d’indemnisation se joue en grande partie sur la précision de ce document.
Les deux tranches de la convention IRSI
La convention IRSI, entrée en application en 2018, organise ensuite la gestion entre compagnies sur deux tranches :
- jusqu’à 1 600 euros hors taxes, l’assureur de l’occupant sinistré évalue et indemnise seul, sans recours contre l’assureur du responsable
- de 1 600 à 5 000 euros hors taxes, ce même assureur reste gestionnaire mais mandate un expert pour compte commun, et les recours entre assureurs redeviennent possibles
Au-delà de 5 000 euros hors taxes, le dossier quitte le cadre conventionnel et repart en droit commun. Le locataire n’a rien à arbitrer dans ce mécanisme : il déclare, il documente, les assureurs se répartissent la charge.

Surconsommation d’eau : l’écrêtement de la loi Warsmann
Une fuite invisible se lit d’abord sur la facture d’eau. La loi Warsmann du 17 mai 2011, codifiée à l’article L2224-12-4 du Code général des collectivités territoriales, plafonne la note de l’abonné occupant un local d’habitation.
Le mécanisme tient en trois temps :
- le service d’eau doit alerter l’abonné dès qu’il détecte une augmentation anormale du volume consommé
- l’abonné dispose d’un mois après cette information pour produire une attestation d’une entreprise de plomberie précisant la localisation de la fuite et la date de sa réparation
- la facture est alors écrêtée au double du volume moyen consommé sur les trois années précédentes
Les exclusions comptent autant que la règle. Le dispositif d’écrêtement ne vise que les fuites sur canalisations situées après compteur, ainsi que sur les raccords, coudes, vannes et joints. Les fuites d’appareils ménagers, d’équipements sanitaires ou de chauffage en sont écartées, tout comme les locaux professionnels. Une fuite située après le compteur mérite donc une surveillance serrée, y compris quand elle ne mouille aucun mur.
Le bailleur ne fait rien : la montée en pression
Trois étapes, dans cet ordre, sans en sauter une seule.
D’abord la mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Elle rappelle l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989, décrit le désordre, joint les preuves et fixe un délai de réalisation.
Ensuite la commission départementale de conciliation. Deux mois après une mise en demeure restée sans accord ni réponse, le locataire la saisit gratuitement. Elle rend un avis et débloque une part appréciable des dossiers sans tribunal.
Enfin le juge des contentieux de la protection, au tribunal judiciaire du lieu de l’immeuble. Il ordonne l’exécution des travaux, au besoin sous astreinte, et peut réduire le loyer tant que le logement reste dégradé.
Le réflexe à écarter absolument : suspendre le loyer de sa propre initiative. Cette voie ouvre la porte à une résiliation du bail, même quand le propriétaire est en tort. La consignation ne s’obtient que sur décision de justice.

Les trois assurances qui peuvent intervenir
Chaque partie détient son contrat, et les périmètres ne se recouvrent pas.
L’assurance habitation du locataire est obligatoire : l’article 7 g) de la loi du 6 juillet 1989 impose la couverture des risques locatifs, avec justificatif remis au bailleur à chaque échéance annuelle. Elle répond des dommages causés au logement et aux voisins.
Le propriétaire non occupant doit souscrire une assurance PNO en copropriété depuis la loi ALUR du 24 mars 2014, qui a modifié l’article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965. Ce contrat prend le relais quand le locataire n’est pas responsable, ou quand le logement se retrouve vacant. L’assurance de l’immeuble, elle, couvre les sinistres nés des parties communes.
L’enjeu financier justifie ces trois lignes de défense : France Assureurs chiffre à 2,391 milliards d’euros les indemnisations versées au titre des dégâts des eaux en 2024, soit environ 30 % de la charge totale de l’assurance habitation.
Ce qui décide vraiment de l’issue du dossier
Le droit tranche vite quand les faits sont documentés, lentement sinon. Quatre pièces font gagner un dossier de fuite en location :
- l’état des lieux d’entrée, qui fixe l’âge et l’état des équipements
- la date et le mode de signalement adressé au bailleur
- le diagnostic écrit du plombier, qui nomme la cause du désordre
- les relevés de compteur encadrant la période de fuite
Prochaine étape concrète : photographiez le point de fuite, envoyez le signalement écrit au propriétaire le jour même, puis déclarez à votre assureur dans les cinq jours ouvrés. Si la facture d’eau a grimpé, réclamez au plombier une attestation datée et localisée, puis adressez-la au service d’eau dans le mois qui suit son alerte.